2012 s’annonce comme une année critique pour notre monde, entre la crise financière, les risques écologiques croissants et les tensions politiques locales, nationales, régionales et globales. Mais “critique” ne veut pas forcément dire “mauvaise” !
Après une année 2011 marquée par l’indignation, 2012 devrait confirmer la tendance à la Mobilisation. La prise de conscience par les citoyens de nombreux pays de l’impasse dans laquelle se trouve notre actuel modèle de développement va croissant, et les initiatives se multiplient pour traduire cette prise de conscience en actions locales ou internationales. Le Réseau EUCLID, qui regroupe des dirigeants d’organisations d’initiative citoyenne en Europe, à par exemple montré par le concours d’innovation sociale de Naples qu’il était possible de mobiliser des énergies locales comme des idées venues de très loin pour contribuer à une dynamique citoyenne dans une ville. L’initiative sera renouvelée, et d’autres se sont mises en marche.
Cette mobilisation de terrain est à mon sens urgente, car la “superstructure” du système capitaliste risque fort d’imploser sans que les États aient les moyens et solutions pour “remplir le vide” ! Si c’est le cas, beaucoup de gens se retrouveront sans solution pour vivre dignement, et la paupérisation et la solitude seront le lot d’un nombre croissant de personnes. Il s’agit de relancer la consolidation ou la reconstruction de solutions locales. Basées sur l’initiative d’acteurs ancrés dans leur territoire et interconnectées, elles doivent permettre de reconstruire les articulations nécessaires à une vie commune dynamique et une vie individuelle digne. Je crois en cette ingéniosité individuelle et collective pour remplacer un système qui nous a rendus passifs, qui nous a endormis ! Réveillons nous pour reconstruire un monde à NOTRE image !
Une année de solidarité ou une année d’échec majeur
janvier 10, 2012Lutter contre la pauvreté et l’exclusion – Mission accessoire ou coeur de la quête de croissance ?
octobre 19, 2011Je participais les 17 et 18 octobre derniers à la Plateforme Européenne contre la Pauvreté et l’Exclusion, à Cracovie. J’ai été frappé par le nombre d’intervenants officiels insistant sur la lutte contre la pauvreté et l’exclusion en “attendant le retour de la croissance”. Et si la lutte contre l’exclusion par la participation de TOUS à la vie économique, sociale, culturelle était la prochaine croissance ? Et si la construction d’une société de la connaissance basée sur la mobilisation de tous les citoyens était le paradigme de demain ?
La croissance matérielle, industrielle, va devenir de plus en plus difficile à tenir face aux limites physiques de la planète. Le cycle consommation / innovation selon une logique de marché n’atteint-il pas ses limites en termes de dégâts sociaux et d’inégalités de plus en plus criantes ?
En revanche, la construction d’une société plus modérée dans ses modes d’expression économique, plus sobre sur le plan matériel, mais beaucoup plus ambitieuse dans la diffusion de la connaissance et la reconnaissance de la valeur de chaque être humain, n’est-elle pas une nouvelle forme de croissance durable et porteuse de progrès pour tous ?
Cela impliquerait bien sûr un glissement dans les valeurs dominantes. Nous devons modérer l’individualisme conquérant en quête de pouvoir et de richesse. Et cela pour aller vers un humanisme combinant respect et construction de l’individu et participation à des constructions collectives respectueuses du capital naturel qui conditionne nos vies.
En termes de méthode, cela impliquerait aussi plus de travail en réseau et moins d’auto-célébration des “dominants”. Cela nécessiterait que TOUS les citoyens concernés par un sujet participent à son traitement. Un retour donc vers une démocratie participative que les réseaux sociaux préfigurent sans en être l’aboutissement. Cela impliquerait aussi un investissement massif dans l’éducation et la santé pour permettre à toute personne d’être en mesure de participer à l’aventure commune. Cela demanderait évidemment des démarches “bottom up” partant du terrain et des gens, avec un cadre de gouvernance ouvert et universel. Vous avez dit : “Pas de croissance ?”
“I have a dream” disait Martin Luther King. “We share a dream” devraient pouvoir dire tous les êtres humains.
L’entreprise sociétale : l’innovation sociale par l’initiative citoyenne !
mars 31, 2011Il est beaucoup question d’ « entreprise sociale » actuellement, aussi bien dans l’économie sociale que dans les cercles de réflexion du management et de la politique ! Nos amis belges, rencontrés hier lors d’une conférence et d’un atelier sur l’entrepreneuriat social organisé par leur regroupement “Positive entreprise”, le MOUVES et EUCLID, parlent eux d’entreprise sociétale, ce qui me plaît bien !
Au-delà des débats sur le « social business » ou les statuts, je voudrais pour ma part insister sur l’ « initiative citoyenne » comme coeur de l’entreprise sociale. Pour moi, une entreprise sociale c’est de l’ « innovation sociale par l’initiative citoyenne », dans, par et au-delà de l’entreprise.
Dans l’entreprise, il faut de l’ « Intrapreneuriat » : faire preuve d’innovation sociale en ouvrant l’entreprise à toutes les parties prenantes, par la participation et la démocratie internes :
- La démocratie, c’est celle des statuts d’économie sociale, le principe « un être humain – une voix » pour tous ceux qui sont à l’origine de l’entreprise et qui la gouvernent ; mais cela ne suffit plus, si l’on veut considérer tous les êtres humains comme des citoyens !
- Cette ouverture citoyenne doit aussi passer par la participation : c’est considérer TOUS les acteurs comme des citoyens, qu’ils soient salariés, bénévoles, bénéficiaires du service …
Par l’entreprise, c’est l’ « Entrepreneuriat » au sens strict, l’innovation sociale au service d’un projet, mais avec une vision citoyenne, une vision solidaire et combinant le respect des personnes et la construction d’une perspective collective.
Au-delà de l’entreprise, on peut parler d’ « Extrapreneuriat », avec une vision politique construite par la mobilisationdes citoyens ! C’est militer pour ouvrir la gouvernance politique, économique et administrative de l’intérêt commun, à l’internationale, comme au nationale et au local, aux citoyens. L’innovation sociale se fait alors par la mobilisation politique (au sens noble du terme) des citoyens.
Reste, pour aller au-delà de cette notion d’entreprendre, que le terme « prendre » doit être équilibré par le terme « donner ». Alors pourquoi ne pas parler désormais (soyons fous et inventifs, même un peu loufoques !) d’ « entredonner » pour caractériser ce mode de gestion de projets collectifs à caractère social, économique et citoyen !!!
Japon : La nature peut être destructrice, alors pas la peine d’en rajouter !
mars 17, 2011Je suis personnellement très attaché au Japon, pays où j’ai vécu et travaillé. Les Japonais sont parfaitement conscients et prêts à affronter les risques naturels de leur archipel soumis aux tremblements de terre, aux éruptions volcaniques (on n’en a très peu parlé, mais un volcan est entré en éruption le 13 mars !), aux typhons, aux tsunamis (un mot japonais).
Mais ce qui est en train de se passer dans les centrales nucléaires de ce pays, ce n’est pas acceptable. Cela prouve plusieurs choses essentielles et que nous avons tendance à ignorer dans notre vision de court terme :
- les probabilités sur les risques naturels et les marges de précaution sont des calculs humains, mais la nature ne les connaît pas, alors « miser » dans un pays aussi sensible sur une technologie délicate et dont les effets se comptent en milliers d’années et les dégâts à une échelle au moins nationale, c’est irresponsable ;
- mais laisser une entreprise privée libre de faire ce qu’elle veut, et négliger certaines règles de prudence (TEPCO a déjà négligé de gérer correctement des problèmes de fissures il y a quelques années), c’est criminel.
Espérons, même si l’espoir est mince, que la dégradation de la situation à Fukushima sera enrayée. Mais espérons aussi que tous les responsables politiques et d’entreprises reprennent le dossier du nucléaire en main pour réévaluer les risques et accélérer l’arrêt des centrales. Etant Alsacien, je rappelle par exemple que la centrale de Fessenheim est déjà ancienne, mais aussi qu’elle est sur une zone sismique (Bâle a été détruite par un tremblement de terre au XVIème siècle, et Fessenheim est à moins de 50 km de Bâle !!!).
Evidemment, cela va aussi nous ramener à la réflexion sur la croissance : moins d’électricité, c’est aussi un frein à la croissance matérielle. Prenons-en acte, plutôt que de poursuivre notre course énergétique avec le nucléaire et peut-être demain les gaz de schiste, autre source de pollution potentielle. Nous sommes devant des choix cruciaux, et des choix qui doivent être faits AVEC LES CITOYENS :
- choix entre risques de pollution et de catastrophes, et course au surplus de consommation souvent superflue
- choix économique entre course au profit et économie responsable et citoyenne.